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  Contemporaine - Le blog -

Contemporaine - Le blog -

Un espace pour "croquer" (avec un zeste de poésie, si possible) ce que le quotidien donne à vivre ou à observer de l'individu comme de la société. Série de témoignages basés sur le bon sens, la dérision et l'humour. Rire pour philosopher ou philosopher pour rire, coups de cœur ou coups de gueule, qu'importe, CONTEMPORAINE avant tout !


Pourquoi me suis-je mise dans le trombinoscope ?

Publié par contemporaine sur 5 Juin 2010, 23:20pm

Catégories : #coup de gueule

D’abord, au tout début, c’était en réponse à une invitation d’une amie qui (et c’est bien connu des amis) « me veut du bien ».

J’ai accepté. Et du bout du clavier, distraitement, j’ai sommairement renseigné les champs du net-formulaire, bien indiscret à mon goût. C’est alors que plusieurs noms de personnes sur lesquels je mettais difficilement des visages sont arrivés dans ma boîte me demandant d’être leur amie en prétendant être des « amis ». Que faire ? Je ne pouvais ni « confirmer » ni « ignorer », comme me le proposaient  les notifications successives de ces demandes. Dilemme ! Big dilemme !! Embarassant ce choix binaire et catégorique. Cmment "ignorer" des personnes qui vous connaissent, comment accepter de "confirmer" que ce sont des "amis" alors qu'en réalité vous les avez vues ou croisées probablement juste une fois ou deux?  A ce moment là, j’ai trouvé le trombinoscope lourdaud et ringard. Je l’ai jugé bien antipathique et je m’en suis désengagée.

Ce n’est pas évident de se dégager de cette ronde virtuelle. Vous entrez dans la ronde et on vous tient la main, bien fort, pour vous y maintenir presque malgré vous. Comment ? Eh bien avec une net-procédure décourageante qui vous accueille à coup de questions sur votre décision de sortir du cercle en vous assénant systématiquement, à chacune des étapes de la procédure de désinscription, des « êtes-vous sûre de vouloir vous désabonner ? ». Oui, je suis sûre et certaine ! Lachata mi ! Ke cosa voi di me ? !

Gamine déjà, je refusais, dans la cour d’école, de participer aux rondes, cordes et autres marelles, cerceaux et « ballon prisonnier » qui vous imposent la compagnie de plusieurs autres gamins et gamines dont vous connaissez à peine les noms et qui puent peut-être le pipi ou qui sont des menteurs ou des rapporteurs ou des premiers de la classe qui se prennent pour le centre du monde. Je n’aime pas les communautés ! Surtout celles possessives, circonscrites, codées, « émulatrices »  et  trop conformes. Entre 6 et 12 ans, j’avais à peine supporté les scouts et les colonies de vacances qui, eux au moins, me donnaient les avantages des voyages et de l’évasion. Puis, entre 13 et 16 ans, j’ai su comment être dans une communauté sans y être vraiment. J’ai appris à cultiver un superbe paradoxe : j’arrivais à me soustraire du « clan » justement en m’y conformant, en étant utile et obéissante en surface mais en vagabondant continuellement dans ma tête ou même parfois dans la réalité, partout et n’importe où, là où mes petits pas pouvaient me mener, sous un arbre ou sur une plage, quand la pression du groupe se faisait  moins pressante.

Bref, pour  le trombinoscope je croyais en être définitivement sortie. Eh non ! Le serveur monstrueux de cette chose ne m’a pas perdue de vue. Me voici rattrapée, trois ans après ma supposée désinscription, par des sollicitations « amicales », des « friend request », stockées pendant tout ce temps et tombées en avalanche dans ma boîte de réception. J’ai cédé. Le phénomène de mode étant passé, j’ai voulu voir de plus près à quoi ressemble ce réseau « planétaire » tant adulé par mon entourage. Pourtant, ce réseau dit « social » me paraissait encore antipathique et asocial. Ne serait ce qu’à cause de son nom très déplaisant par sa consonance insultante dans ma langue natale ! « Facebook » toi-même !et ta mère avec si ça ne te plait pas ! Na ! Bien fait pour toi ! Non, je ne m’énerve pas. Je fais ma gamine mal élevée parce que ce fichu trombinoscope m’a non seulement trahi et manqué de respect en ne me désinscrivant pas comme convenu, mais en plus il me suggère (en se plantant certainement dans ses systèmes d’information) d’envoyer un message à un ami (un vrai celui –là ; un de la réalité), décédé, hélas, depuis deux ans.

Comment à plus de cinquante ans, on peut encore vouloir jouer à ce jeu de « soyons tous amis » ? Je crois avoir un début de réponse. Facebook est un ersatz réussi du besoin de partage qui n’est plus vraiment assouvi par manque de temps et à cause d’un rythme de vie effrénée. Les retrouvailles improvisées entre amis où l’on se raconte les dernières blagues et où l’on échange des opinions sur tout et rien ne sont plus si fréquentes. Je viens d’en vivre une, programmée celle –là et j’y ai retrouvé des amis de 30, 20, 15 ou 10 ans et des amis d’amis qui sont ou ne sont pas dans la liste d’amis de mon profil Facebook. J’ai réalisé à quel point notre mode de vie a bien changé. Ce genre de rassemblement était si répandu avant. Nous voici tous maintenant reliés, connectés sur le net mais si peu ensemble, finalement.

 

Au fond, c’est toujours la réalité qui prend le dessus, même sur le virtuel. Et parfois ce n’est pas tant mieux. C’est vrai quoi ? Remarquez avec moi ce qui suit et vous verrez par vous même : Quand on sait que ce petit trombinoscope, est né de la tête d’un étudiant solitaire et timide par un soir d’hiver dans l’université d’Harvard, on ne se demande plus pourquoi on est si seul face à Facebook tout en pensant être avec des « amis ». Non ?

De plus, à propos d’amis,  il est risible et intéressant  de noter ce fait : une fois devenu géant, le trombinoscope a généré une discorde historique entre deux amis et pas des moindres. Il s’agit du créateur de Facebook, le jeune  et timoré Mark Zuckerberg, et son unique ami de l’époque,  Eduardo Saverin qui a été le promoteur du projet. 

Quelle ironie du sort : le trombinoscope compte plus 300 millions d’ « amis » dans le monde (dont moi, dont mes enfants et plusieurs autres personnes chères à mon cœur et à mon âme) et a réussi à désunir les 2 amis qui l’ont lancé!

 

 

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