Chemin faisant, on change d’année calendaire. Chemin faisant, des têtes tombent, certaines à l’aube d’une fête, d’autres au détour d’une tête. Chemin faisant, les mains changent de mains. Chemin faisant, on apprend à aimer le fumier pour qu’éclot
la rose. Chemin faisant, on emboîte le pas à ceux en qui on ne croyait pas. Chemin faisant, on repense davantage aux étapes passées. Chemin faisant, on vibre de plus en plus en résonnance à la musique du monde. Chemin faisant, le monde prend ses airs. Chemins faisant, certains airs se folklorisent et enrichissent ceux qui ne manquent pas d’air. Chemin faisant, on respire l’air de la bonne vieille terre. Chemin faisant, l’air se marchandise, se « marketise », même aux Marquises. Chemin faisant, on prend le goût d’errer dans les aires inventées pour se reposer. Chemin faisant, on n’est plus si pressé d’avancer. Chemin faisant, on se laisse déshabiller du regard par
la lune. Chemin faisant, on se laisse ravir sans résister. Chemin faisant, on joue aux effets miroir avec les mirages menteurs. Chemin faisant, on fait des enfants. Chemin faisant, on fait des hommes, on en défait d'autres. Chemin faisant, on s'écarte des touts premiers chemins croisés. Chemin faisant on se surprend à préférer les chemins nus mais clairs aux chemins arborés, ombragés, fleuris, pompeusement ornés. Chemin faisant, on essaye d’autres chemins et on n'est moins dubitatif en aboutissant sur leur possible croisée. Chemin faisant, on avance la fleur aux dents en changeant naturellement et imperceptiblement la « fleur bleue » en « fleur de lis ». Chemin faisant, on fait des rêves qu’on connaît. Chemin faisant, on s’amuse à tresser idéaux vieillis et utopies jaunies pour mieux les ranger. Chemin faisant, on se fait une raison et on s’accorde quelques folies. Chemin faisant, on perd la route de vue. Chemin faisant, on change d’année chaque année. Chemin faisant, on lève son verre résolument : « Ah ! Cette fois-ci ; bonne année !!! ». Chemin faisant, on ne fait que faire du chemin…mais où va-t-on ?