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  Contemporaine - Le blog -

Contemporaine - Le blog -

Un espace pour "croquer" (avec un zeste de poésie, si possible) ce que le quotidien donne à vivre ou à observer de l'individu comme de la société. Série de témoignages basés sur le bon sens, la dérision et l'humour. Rire pour philosopher ou philosopher pour rire, coups de cœur ou coups de gueule, qu'importe, CONTEMPORAINE avant tout !


De la psychose des « boat people » à la floraison des «yachts people ».

Publié par contemporaine sur 19 Octobre 2008, 10:18am

Catégories : #coup de gueule

 

Quand en 1984, en France,  une des chaines de la télé nationale avait, à grands coups de pub, ameuté la France toute entière, autour de la diffusion, juste après le 20heures, d’une émission  intitulée « Vive la Crise », les années 2000 semblaient encore, à ce moment là, relever de la fiction.

Toute la France était au rendez-vous. Et comment ne pas y être. Rien dans l’annonce de cet événement télévisuel ne pouvait laisser indifférent : ni son très percutant titre, ni  le nom de son porte voix, Yves Montand. La célèbre voix du chanteur-acteur- comédien (en phase, alors, de devenir politicien) a été, en effet, prêtée  à la narration de ce qui fut la pièce maîtresse de l’émission : une fiction à l’allure de reportage  documentaire (genre tout à fait inédit).  

Pendant près de deux heures on y expliquait, montage et trucage d’images à l’appui enrobées de la voix mûre et posée d’Yves Montand, qu’au vu de l'infime taux de croissance économique de la France à fin 1983 (presque 3 ans de gauche) et de la mauvaise ambiance sociale attisée par les nombreux mouvements syndicaux quotidiens, la plus grande menace dans les prochaines décennies viendrait surtout du Sud. On a d’abord loué les avantages de l’austérité (se contenter de ce qu’on a)et du capitalisme («les Etats Unis d’Europe»-texto- allaient donner des leçons aux Etats Unis d’Amérique) et on a surtout mis en garde les français contre les risques d’une trop grande ouverture. Eh oui , dans les prochaines décennies, les pays du Sud seraient dans une telle situation de détresse que l’Europe en général et la France en particulier serait assaillie par des milliers, voire des millions, de pauvres miséreux de toute sorte fuyant la famine par mer et venant chercher leur pitance (comme des rats) sur le continent européen. D’ailleurs, renchérissait-on, il fallait illico presto expulser les 2 à 3 millions d’immigrés.

La France se réveilla le lendemain avec la hantise de voir ses côtes méditerranéennes envahies par une nouvelle espèce d’immigrés désignée, des dizaines de fois au cours du film, par l’anglicisme « boat people ». Le mot était lancé et tous les bistrots le resservaient en écho dès le lendemain matin. Il n’y a pas à dire, le scénario-catastrophe de Monsieur Montand  avait donc eu un succès retentissant. Rappelons au passage que Monsieur Montant était lui-même fils d’immigrés,  « un rital » comme disaient les français pour désigner ceux qui venaient de ce qu’ils considéraient, quelques années plus tôt, comme le  pire des Sud : l’Italie.

Les années 2000, nous y voilà. Qu’en est –il du scénario prédictif de « Vive la crise »?

La crise, le monde la frôle chaque jour un peu plus, un peu moins. Elle le nargue et il la trompe.  A la télé, chaque soir aux infos,  c’est le même spectacle: des sortes de magiciens prestidigitateurs agitent des foulards de soie et font sortir des colombes blanches de caisses pourtant préalablement présentées vides. D’autres font jaillir du néant des flammes menaçantes pour mieux recueillir le mérite de les avoir éteintes après. Autant d’effets d’annonce en yoyo de crashs  boursiers et de flambées du prix du baril.  Alors, quoi ? La crise on y est ou on n’y est pas ? A moins que, pour la beauté de l’histoire, par pure poésie, on n’en réserve  la confirmation et l’annonce officielle  pour 2009, rien que pour le plaisir de la faire rimer avec 1929. Probable. Ne nous –a-t-on pas habitué à ce genre de grands shows cyniques (souvenez-vous de « the game is over ») ?

La crise on y est presqu’autant que les autres années et pourtant pas de « boat people » à l’horizon. Par contre, si on inversait les horizons, si on regardait l’horizon à partir du Sud en 2008 et non pas à partir du Nord et en 1984, on verrait très nettement un autre phénomène d’exode panique se propager. Avec la mondialisation et l’implantation des filiales de multinationales de toute origine, l’herbe est devenue presqu’aussi verte dans certaines aires du Sud que dans le Nord tout entier. Avec une différence légère mais oh combien  appréciable, c’est qu’on peut la brouter plus paisiblement sous le soleil du sud. Le sud est dès lors devenu tentant pour tous ceux qui n’ont pas pu se faire leur place au soleil en étant dans le Nord. Et voilà les bras cassés de tout poil débarqués par paquets avec leurs parachutes dorés sur les côtes méditerranéennes d’Afrique (du Nord tout de même pour une acclimatation en douceur). Un nouvel Eldorado est né pour ceux là. Même pas besoin de le conquérir, papas et grand papas ont déjà fait le travail le siècle dernier.  « Beau travail papi, merci ! Certains  de tes vestiges tiennent encore le coup et on a même trouvé des restes de tes  béni-oui-oui adorés, fossilisés bien conservés qu’on est entrain de régénérer pour assurer la pérennité de nos nouveaux micro-pouvoirs ».   

Les revoilà donc installés, comme l’ont fait dans le temps leurs ascendants, sur les plus belles baies d’Alger, de Tunis, d’Oran, d’Essaouira, d’Hammamet, de Rabat. Affichant un niveau de vie bien au dessus de la moyenne du pays et instaurant une panoplie de privilèges que ces pays par nature généreux et hospitaliers ne leur refusent pas.  Après la superbe villa avec piscine et le personnel de maison, leur objet de désir, le bien qu’ils tendent à avoir, le symbole du  couronnement de leur réussite dans cet Eldorado, finalement pas si nouveau que ça, est, devinez quoi ? Un yacht bien sûr ! Mesdames messieurs voici donc les « yachts people » ! Le mot est lancé répétez-le, diffusez-le pour mettre un nom sur ce phénomène qu’on n’avait pas vu venir.

L’horizon de monsieur Montand en 1984  n’était donc  pas le bon. Il lisait et disait l’avenir à l’envers. Des « boat people », il y en a eu bien sûr et il y en aura encore, mais ils n’arrivent jamais ou presque à bon port.  Ils sont vulnérables, contrôlés, rejetés, naufragés, tués, repêchés, isolés, jugés et plumés de surcroît. Les « yachts people », eux, sont de plus en plus nombreux et leurs mouvements envahisseurs sont insidieux parce que légalisés. Ceux-là  sont protégés, accueillis, servis et grassement rémunérés de surcroît.

Pendant ce temps, les cerveaux, les compétences et les performances fuient vers la rive nord. Retenus, attirés, récupérés, naturalisés, les bons éléments d’origine étrangère opèrent en Europe dans tous les domaines. Monsieur Montand, maintenant que vous n’êtes plus là, vous ignorez certainement, qu’en fait d’expulsion immédiate d’immigrés que vous avez prôné, ce soir de février 1984, la France, tout comme les autres pays européens, dont l’Italie, met du « beur »  dans ses épinards et rejette ses « déchets » sur l’autre rive de la méditerranée.  

 

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L
A la lecture des premiéres lignes du post, je voyais le scénario du "premier siécle aprés béatrice" se déssiner. Mais la chute...m'a laissée sur les reins...Bravo madame, le message est on ne peux plus audible ;-) 
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