Un fil tendu, une ligne parfaite entre l’humain et le divin. Epurement, humilité et beauté. Souffle infini, apnées vertigineuses, tensions et distorsions vocales. Des voix en canon, en crescendo et décrescendo. Alliances et isolements des graves et des aigues. Sonorités à partir de vocables dégagés des contraintes sémantiques pour ne garder que la splendeur acoustique. La musicalité des mots plutôt que leur sens. Le chant non instrumentalisé comme seule et unique expression de la condition humaine. Le chant porté à bout de voix comme seule et unique glorification du divin.
Pour qui a vécu le choc de la révélation de la Foi après une longue période de négation du divin, pour qui a tenté une fois dans sa vie d’explorer un quelconque chemin mystique, même expérimental, pour conforter le doute et satisfaire la quête de vérité, « Nafass » est un rare moment de pure spiritualité. Un moment d’exception totalement libéré de toute religiosité, de tout dogme et des interminables imbroglios des interprétations et des triturations diverses et multiples des Textes, pourtant dits, redits et re-redits « Sacrés » depuis des millénaires.
Un voyage au-dessus du monde, une vue aérienne, un long vol plané au-dessus des cultures, de leurs rythmes et de leurs phonèmes, pour en aspirer que l’essentiel : l’Humain. Un voyage sans encombre, sans repérage, sans traçage, loin de la géographie et de ses connotations, loin des cultures et de leur histoire, juste l’Homme où qu’il soit, à travers le Divin. Nul besoin de suivre et de consulter ligne par ligne, le programme du concert, remis à l’entrée. Juste se laisser ravir pour prendre de la latitude et voler au-dessus de tout ce qui contraint à la pesanteur, au-dessus de tout ce qui divise le monde et attache à une terre plutôt qu’à une autre.
Entrer dans le noir*, un peu perdu, un peu surpris, puis accueillir tout en évoluant dans le chant les lueurs successives éclairant une à une les voix disposées à plusieurs endroits de la salle de concert. (Eclairer les voix pour éclairer la Voie ?) Aboutir enfin à une immersion coloriée et joyeuse dans la lumière, lorsque toutes les voix s’unissent en un seul endroit, en apothéose.
C’est là le récit d’un miracle artistique, quand, au crépuscule d’un dimanche printanier finissant, l’ensemble vocal «Aloes» dirigé par Alia Sellami crée l’universalité (et non la mixité), l’égalité (et non l’exception culturelle) et la pureté en un seul tour de chant.
Merci pour nos âmes avides de perfection !(A la sortie du concert, la lune pleine et blanche nous souriait)
(*une seule « fausse note » cependant, les responsables de la salle de concert auraient pu mettre un écriteau à l’entrée pour recommander d’entrer en silence)
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